Lectures

Un Amour Pour Rien, Jean d’Ormesson

(Editions Folio Gallimard)

Collage Un Amour Pour Rien

L’Italie était pour moi cette patrie où l’on aime à cause du soleil. Quand je me réveillai en Italie, dans le coin du wagon où j’avais dormi toute la nuit, je sentis quelque chose en moi naître sous les courbatures : c’était une allégresse qui devait beaucoup à la littérature ; à mon âge, pour moi, c’était le bonheur tout court.

Tout ceux qui se sont déjà rendus en Italie ont pu remarquer que le temps, s’il est universel, se ralentit à l’envi. En effet, il flotte en Italie un art de vivre qui n’est pas qu’une réputation. Les Italiens savent prendre le temps. Le temps de se déplacer, le temps de manger, le temps de déguster un bon café,… Et plus on descend vers le sud plus cette image prend du sens et de la réalité.

L’amour tout entier n’est guère peut-être qu’une imposture née de notre ennui et de nos grandes espérances.

Je devais avoir environ vingt ans lorsqu’au détour d’un magazine, j’ai découvert un article sur le livre de Jean d’Ormesson de l’Académie fraçaise : Un Amour Pour Rien. Je me vois encore découper soigneusement la page et la plier en quatre me disant qu’un jour, je l’achèterais. Tout au long de ces années, je l’ai souvent cherché dans les librairies sans jamais parvenir à le trouver. Il m’aura fallu attendre près de quinze ans pour enfin l’avoir entre les mains.

Commencé l’année dernière par une après-midi d’hiver froide et pluvieuse, je me suis retrouvée transportée dans cette maginifique ville de Rome sous la chaleur d’un éblouissant soleil d’été. D’emblée, je me suis laissée embarquer par l’ambiance chaude et moite qui flotte dans les rues estivales de la capitale italienne et qui vous contraint, sans vous forcer, à ralentir le pas, à vous alléger et à profiter de chaque chose, de chaque détail que la ville éternelle vous offre.

L’indifférence prépare admirablement à la passion : dans l’indifférence, rien ne compte ; dans la passion, rien ne compte non plus, sauf un seul être qui donne son sens à tout.

Embarquée, je l’ai été également par la personnalité paradoxale de Philippe. Philippe, le narrateur, c’est cet homme partagé entre ses sentiments pour la femme qu’il rencontre cet été-là, et la soif d’indépendance et de liberté qui l’anime. C’est d’ailleurs cette hésitation qui va le mener à ne pas voir ce qu’il possède et à désirer ce qu’il n’a plus.

Un Amour Pour Rien c’est donc l’histoire d’une passion au sens premier du terme, l’histoire de la souffrance que peut faire naître l’Amour. C’est l’histoire d’un Amour dont les protagonistes ne se rencontrent jamais vraiment. C’est l’histoire de Philippe et Béatrice mais c’est aussi celle de tout un chacun : On s’amuse avec Philippe, on pleure avec Béatrice puis on soutient le choix de cette dernière et on compatit pour le premier.

Le propre de la passion, et très particulièrement de l’amour, c’est la contradiction.

Ce livre nous parle donc d’une passion dévorante qui fait que lorsqu’on le commence, il est difficile de s’interrompre dans sa lecture avec l’impression que l’on abandonnerait ces personnages sans même leur avoir offert, sinon notre aide, au moins notre oreille attentive.

C’est la première fois que je lis Jean d’Ormesson et j’ai trouvé cette lecture véritablement délicieuse. Si pour certains la mention aposée sur la couverture « de l’Académie française » peut paraître un peu effrayante de prime abord, j’ai cependant trouvé le style très souple, fluide et accessible. Comme précisé plus haut, cette lecture date d’il y a environ un an et certains détails m’échappent à présent mais, je tenais vraiment à la partager, ici.

En relisant les quelques lignes déjà écrites à l’époque, je me rends compte des nombreux points communs avec la lecture de « Les Huit Montagnes » (voir mon article précédent). L’Italie bien sûr, mais aussi cette adpatation du rythme de lecture selon que l’on se trouve sous la chaleur écrasante de Rome en été ou plutôt dans un Paris automnal où tout va beaucoup plus vite. Peut-être était-ce déjà le signe d’un cheminement qui devait aboutir à ce blog ? Quoi qu’il en soit, je vous recommande vivement cette lecture dont on ne ressort pas, selon moi, sans s’être au moins fait un avis.

Bonne lecture !

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